Le premier trimestre 2026 marque officiellement la sortie de crise pour le marché immobilier belge. Avec 47 218 actes authentiques signés entre janvier et mars, la Fédération Royale du Notariat enregistre une progression de 3,7 % par rapport à la même période de 2025.
Cette reprise, longtemps attendue, ne se répartit pas uniformément sur le territoire. La Wallonie tire la croissance avec une hausse de 5,2 % des volumes, devant la Flandre (+3,4 %). Bruxelles affiche la plus faible progression à +1,8 %, mais conserve les prix médians les plus élevés des trois régions.
Une reprise des volumes, pas encore des prix
Le détail régional révèle un découplage entre volumes et prix qui mérite l'attention. Tandis que le nombre d'actes augmente, les prix médians progressent plus lentement (+2,1 % pour les maisons, +1,4 % pour les appartements), confirmant le retour progressif d'un marché « normalisé ».
Pour Maître Christine Verstraete, notaire à Namur, ce phénomène traduit un ajustement sain : « Les vendeurs ont accepté de revoir leurs prétentions à la baisse, et les acheteurs reviennent grâce aux taux qui repassent sous les 3,5 %. Le marché redevient liquide. »
Le marché 2026 n'a plus rien à voir avec celui de 2023. Nous sommes revenus à un fonctionnement normal — pas à une frénésie.
Trois régions, trois dynamiques
Wallonie : le retour des primo-accédants
La hausse de 5,2 % des volumes wallons s'explique en grande partie par le retour des primo-accédants, écartés du marché depuis fin 2022. Les communes du Brabant wallon (+8,1 %), de Liège (+6,3 %) et du Hainaut (+5,8 %) tirent particulièrement la croissance.
- Charleroi enregistre 1 248 actes (+12,4 % vs T1 2025), prix médian 142 000 €
- Liège atteint 2 014 actes (+7,2 %), prix médian 192 500 €
- Namur progresse à 894 actes (+5,9 %), prix médian 248 700 €
Bruxelles : reprise modérée, prix tenus
Avec seulement +1,8 % de progression en volume, la capitale affiche la plus faible reprise. Mais les prix médians restent les plus élevés du pays : 542 000 € pour une maison, 312 000 € pour un appartement. Les communes du Pentagone et d'Ixelles continuent de soutenir le segment haut de gamme.
Flandre : Anvers et Gand surperforment
La Flandre confirme sa solidité avec +3,4 % de progression. Anvers (+5,1 %) et Gand (+4,8 %) dépassent en dynamique la moyenne régionale. Le segment des appartements neufs reste particulièrement actif, porté par la fiscalité avantageuse sur la TVA à 6 % en cas de démolition-reconstruction.
Le rôle déterminant des taux
La baisse continue des taux hypothécaires, de 4,12 % à 3,47 % en moyenne sur 25 ans entre janvier 2024 et mars 2026, reste le moteur principal de la reprise. Pour un crédit de 250 000 €, cette baisse représente une économie d'environ 95 € par mois — soit plus de 28 000 € sur la durée totale du prêt.
Les sept principales banques belges (ING, KBC, Belfius, BNP Paribas Fortis, Crelan, AXA Banque, Beobank) ont aligné leurs offres autour de 3,41 % à 3,55 % pour les meilleurs profils en mars 2026.
Perspectives 2026 : prudence
Si la dynamique du premier trimestre se confirme, l'année 2026 pourrait clôturer autour de 195 000 actes — un niveau comparable à 2019. Plusieurs facteurs incitent toutefois à la prudence :
- Stabilité incertaine des taux face aux tensions inflationnistes
- Impact du nouveau régime PEB wallon entré en vigueur le 1ᵉʳ mars
- Élections fédérales de juin 2026 et incertitudes fiscales
- Tensions sur l'offre dans les centres urbains de Bruxelles, Anvers et Gand
Maître Verstraete reste optimiste mais nuancée : « Nous sortons d'une crise, nous n'entrons pas dans un boom. Le retour à la normale prendra encore 18 à 24 mois. »
Méthodologie
Les chiffres présentés proviennent du Baromètre des notaires de Belgique T1 2026, basé sur l'ensemble des actes authentiques enregistrés entre le 1ᵉʳ janvier et le 31 mars 2026. Les médianes sont calculées sur les transactions de gré à gré, hors ventes publiques et ventes entre membres d'une même famille.
Rédaction Be Estate
Service études · Bruxelles
Le service études Be Estate analyse chaque trimestre les statistiques officielles du marché immobilier belge à partir des sources publiques (notaires, STATBEL, BCE).